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samedi 13 août 2011

Mandelbrot les SI et la Commission Européenne

Cette période que nous vivons est révélatrice du talent des hommes à gérer leurs crises. Un talent génial par son cheminement, médiocre par son résultat. C'est ainsi depuis Neandertal.
Ce talent est celui des meilleurs d'entre nous, que nous avons désigné pour créer des solutions à nos problèmes et en assurer l'application. Leur talent s'est pleinement exprimé à construire par imbrication, juxtaposition, concaténation, fusion... un amalgame de lois, de normes, de règles, de procédures, regroupées en institutions, organisations, associations d'une complexité telle, qu'il n'est pas possible aux autres humains d'en comprendre les rouages, ni même d'en critiquer les résultats.
Un travail d'orfèvres auquel se sont attelés des générations de nantis des plus talentueux d'entre nous, capables de schémas cognitifs qu'ils sont les seuls élus, parmi les élus à pouvoir en décrypter le cheminement. Chaque voie aboutissant à une chambre à plusieurs issues, chacune débouchant sur un dédale de couloirs se terminant par des alcôves révélant d'autres ouvertures, puis des labyrinthes, puis des anti-chambres, puis des trappes, des escaliers, c'est sombre, une lumière au bout, c'est peut-être la sortie, non, une autre chambre éclairée et parsemée de hiéroglyphes, donnant sur de multiples issues identiques vers d'autres couloirs sans fin, au bout de l'un d'eux une voie audible, nous la suivons, un personnage habillé d'un costume étrange imprimé de symboles abstraits, débitant un discours tout en métaphores, complexe, intelligent, mais notre problème est simple : sortir ! Nous passons notre chemin, la voix s'éteint au loin et devant nous un abîme de labyrinthes ... Des années de génie administratif, politique, économique, grassement nourri par des contingents de serviteurs dévoués et consentants.
Souvent, lors de mes pérégrinations professionnelles, lorsque je suis confronté à la complexité absconse et procédurale d'une entreprise, maintenue par les dogmatiques gardiens du temple SI, je pense à la commission européenne, à l'ONU ou au FMI, ces regroupements de talents pensant et façonnant la complexité comme personne d'autre. Je trouve que ces constructions relèvent d'un même modèle, comme si une seule fonction mathématique donnait des résultats structurellement identiques, suivant un ou plusieurs facteurs de dimension : Un SI, l'ONU, le FMI, l'AFSSAPS … Avec une infinité de ramification dès qu'on y regarderait de plus près.
Benoît Mandelbrot, en étudiant les objets à complexité récursive a révélé au monde les fractales, des constructions mathématiques s'étendant à l'infini, des objets qu'il désigne d' « auto-similaires ».








Je suis convaincu que les esprits de ces talentueux constructeurs de labyrinthes ainsi que leurs œuvres alambiquées, découlent de la même formule pour aboutir aux mêmes résultats: un dédale infini, notre perte!

dimanche 22 mai 2011

Brillants cancres

La semaine dernière, une nouvelle a particulièrement réveillé les vieux démons faiseurs de bulles : l'entrée en bourse de LinkedIn. Une société faisant 3 millions de dollars de résultat, valorisé à 9 milliards de dollars. Comment peut-on valoir 3000 fois ce que l'on rapporte ?!
Je suis comme tout le monde, nostalgique de cette époque éphémère où un projet d'intranet en CGI-Perl était facturé à 1 million de francs, où les consultants menaient grand train tous frais payés. Une époque où les négociations commerciales se résumaient à... une signature de contrat. Les clients payaient sans sourciller car ils écoutaient tous, les cabinets de conseils qui les hypnotisaient à coups de carrés magiques pour leur vanter les futurs miracles de ce que l'on appelait : les nouvelles technologies. Une période bénie !
Comment expliquer cet engouement démesuré pour un domaine amplement surestimé ? Comment des sociétés de bricoleurs informatiques du dimanche ont-elles pu être revendues à temps pour une fortune, puis valoir leur vraie valeur, c'est-à-dire rien, quelques mois plus tard ?
Ces brillants cancres ont compris que vendre honnêtement une très bonne qualité de haut niveau mais incompréhensible n'était pas rémunérateur. La fortune se trouve ailleurs et ceux qui la saisissent sont avant tout des faiseurs de rêves !
L'informatique d'avant bulle était une machine à rêves ou l'Internet promettait une vie nouvelle dans le nouveau cosmos virtuel de la toile. Tout le monde voulait son shoot intersidéral et entrait ainsi dans le club hype de ceux qui se distinguent de la masse. On se projetait dans les yachts des nouveaux patrons de startups, en se répétant que le rêve acheté était déjà un billet d'entrée dans cette réalité rêvée.
Le rêve, l'exaltation, le nouveau monde, une expérience unique... Ce qui permet de vendre au prix le plus fort est la capacité à téléporter un client dans une réalité parallèle, accessible pour seulement une poignée d'initiés, bien heureux d'en profiter avant la curée.
Cela ressemble trait pour trait à ce que nous vivons aujourd'hui : Le Cloud, les réseaux sociaux et les applications mobiles, des promesses de gains substantiels et de vie meilleure... à condition d'être le premier !
La suite nous la connaissons : promesses trop lentes à se réaliser, patience épuisée, peur panique, ventes massives, ventes à perte, effondrement des valeurs boursières, suicides, chômeurs, leçons puis longue disette.
Revenons à nos killer-apps : LinkedIn, facebook et twitter. J'aurais bien voulu faire partie de leurs investisseurs de première heure, alors, j'essaye tant bien que mal de me rattraper en investissant à tour de bras sur tout ce qui porte leurs traits de caractères : simple, creux, hype, social et bleuté.
Alors un conseil : si vous êtes un ancien cancre rêvant de prendre sa revanche, précipitez-vous, créez un site web en flash, bleuté de préférence, transférez-y la liste de vos contacts facebook, créez le buzz sur youtube et twitter puis faîtes vous inviter par BFM. La suite nous la connaissons...

mardi 1 février 2011

Culture de café ou culture d'entreprise?

Dans une récente analyse publiée pour Forester, Mike Gualtieri pose une question polémique: Est-ce que Java est une impasse pour les applications d’entreprises?
Une avalanche de commentaires passionnés s'en est suivie sur la toile. Il est vrai que les annonces de Mike ont de quoi titiller les égos: adopté par plus de 70% des grandes entreprises, près de 60 JSR, courbe d'apprentissage croissante, multiplications de frameworks palliatifs et enfin : 68% de projets inaboutis.
L'étude soutient que l'une des causes d'inadéquation de Java pour construire des applications d'entreprises est sa tentative de couvrir tout le spectre des sept qualités d'un logiciel: expérience, disponibilité, performance, échelonnage, adaptabilité, sécurité et économie.
Vouloir atteindre la perfection est certes une preuve d'ambition mais cela montre surtout un manque de pragmatisme, car de toutes ces qualités seulement deux se détachent aujourd'hui comme des tendances: l'expérience utilisateur et l'adaptabilité.
Un logiciel ennuyeux pour les utilisateurs est un échec et si l'on ne peut pas le modifier dans des délais et des coûts raisonnables, alors il disparaîtra. Il se trouve que Java n’a pas été inventé par des spécialistes des applications d’entreprise, d’où la faillite des premières versions d’EJB. Il n’a aussi jamais été pensé pour le confort de l’utilisateur final, d’où l’échec d’AWT puis de Swing et enfin de JSF. Java s'est embourbé dans des modèles inutilement complexes, des architectures "bitte schön, danke schön", comme les décrit Christophe Thiry, de manière hilarante dans son blog.
L’étude met en avant les nouveaux paradigmes de développement. L’avenir, pressenti depuis longtemps mais concrétisé depuis peu, appartient à ceux qui réduiront les délais, les coûts et la distance avec le cœur de métier de l’entreprise. Des architectures événementielles représentent cette nouvelle tendance où différents outils sont employés à différentes phases d’un modèle métier (et non plus d’un programme): conception, implémentation et action. Ces paradigmes offrent beaucoup plus qu'une évolution, ils promettent d'humaniser l'informatique.
Le principal argument mis en avant par les entreprises, pour justifier la continuité de la stratégie Java est… historique : J’ai investit dans Java, j’ai plusieurs applications en production, je suis obligé de supporter ma croix et pour longtemps encore…Cela ne vous rappelle-t-il pas un autre langage. Eh oui, Cobol, toujours là et pour longtemps encore ! De là à dire que Java subira le même sort, il n’y a qu’un pas. Je trouve cependant cette étude rassurante : il y’aura toujours du boulot pour les développeurs Java. Dieu merci !