vendredi 2 octobre 2009

Gold rush

Récemment, un ami me disait toute la déception que lui avait apporté Java. Qu'il avait abandonné son vieux C pour se plonger dans la nouveauté de l'époque, pour se rendre compte qu'il était temps de renoncer.
Au début, mus par un enthousiasme euphorique, mon ami, tout comme des foules de développeurs chevronnés et d'apprentis gourous, se sont rués vers le Klondike de l'informatique de la fin des années 90: Java.
La majorité de ceux qui ont connu le Klondike, à en croire London, sont revenus, fourbus, alcooliques, avec comme seul gain, une pépite porte-bonheur en pendentif. Ceux qui ont connu Java ont eu un sort moins dramatique, quoique la déception a été à la hauteur des attentes, après quelques cycles interminables de Garbage Collector.
Cet ami qui se plaignait de Java, a aussi admis que ce langage lui a facilité l'apprentissage de la conception par objets et la notion de "Thread".
"Apprendre"…depuis la renaissance et jusqu'au début du 20ème siècle, les familles nobles apprenaient à leurs rejetons le grec et le latin. Non pas pour demander une adresse ou le chemin des toilettes dans un restaurant, mais juste pour… se distinguer. Il était alors de bon aloi d'auréoler son allocution de citations de Platon et de quelques proverbes latins.
Ce genre d'apprentissage élitiste avait pourtant une origine bien plus sérieuse. Les savants de la renaissance lisaient les écrits de leurs prédécesseurs grecs et latins, pour apprendre sur les réflexions anciennes et créer le système de pensée, qui distingua plus tard le siècle des lumières. Ces deux langues ont donc été perçues durant longtemps, comme vecteurs de savoir.
Ce mouvement est similaire à l'apparition de l'algèbre dans les démonstrations de physique du 19ème siècle. Grace à Newton, l'emploi d'équations différentielles s'est démocratisé et a ouvert la voie à de nouvelles théories mieux armées pour formaliser les observations informelles de Galilée. Cela a poussé, plus tard, des générations de chérubins, futurs apprentis nobelists, à verser dans l'étude du langage du moment, clé de toutes les portes de la science: les mathématiques.
Le grec et le latin ne sont plus appris à l'école. Sur des projets internationaux, le pragmatisme est de rigueur; on parle donc Globish! De même, les mathématiques sont de moins en moins considérées comme un passeport pour l'avenir social des enfants. On préférerait qu'ils apprennent le Jazz, la voile ou le Thaï-Chi.
Qu'adviendra t-il de Java?
Java est une langage qui s'inscrit dans la lignée des accélérateurs d'apprentissage. Il a démocratisé la conception par objets et par patterns. Il a permis d'élever la syntaxe des langages informatiques à un plus haut niveau, permettant ainsi de réduire la courbe d'apprentissage, de notions restées trop vagues même dans l'esprit de gens qui prétendaient le contraire: threads, accès concurrents, programmation réseau…etc
Nous sommes sûrs aujourd'hui que les langages informatiques modèlent le processus de pensée et donc d'innovation. Nous savons aussi que la richesse syntaxique et conceptuelle d'un langage, rendent réalisables des rêves d'architectes. Java fait partie d'une famille de langages dont les membres ont subi des mutations syntaxiques pour s'adapter aux mutations technologiques.
On continue d'étudier le grec et le latin à l'université…en plus d'autres langues. Les mathématiques sont toujours essentielles pour formaliser la science, en plus de la logique et des méta-langages.
Se demander quel langage sera celui de l'avenir, est réducteur de nos ambitions d'avenir. Il faudrait peut être se demander quels langages seront ceux de l'avenir. Cela conjugue d'emblée nos rêves au pluriel.

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